Pauvres pêcheurs que nous sommes....Incompris et presque bannis sur le canapé, la veille de notre ouverture. Oui nos femmes nous reprochent une trop grande excitation, nervosité qui soi-disant troublerait leur paisible sommeil. Mais comment ne pas être excité, nerveux, fébriles et j'en passe quand après cinq mois de séparation, une seule nuit nous sépare, Tit et moi de notre deuxième amour.

     Pas la moindre fatigue au moment d'éteindre le réveil, qui vient pourtant d'abréger mon sommeil, d'une sonnerie stridente et désagréable. Il est 05h30, la maison est encore endormie mais dehors un bruit sourd vient troubler ma quiétude. Météo-France ne s'est pas trompée cette fois-ci, le vent est là et bien là. Les rafales atteignent déjà les cinquante kilomètres heure et doivent même dépasser les quatre-vingt cinq cet après-midi.

     Les couches de vêtement ne seront donc pas de trop, tricot de corps, tee-shirt épais, polaire fin, et veste de survêtement sont les premières parois contre le froid, elles seront accompagnées encore par un autre polaire épais celui-là et une grosse veste de pêche très chaude ainsi que d'un bonnet. Avec pareil équipement je suis prêt a affronter le froid et le vent qui se sont invités pour cette ouverture 2013.

 

     06h30, je passe prendre Tit chez lui, il ne se fait pas prier pour ranger ardemment son équipement dans le coffre afin de rentrer se mettre au chaud à l'abri dans la voiture. Les portes tout juste fermées que le premier fou rire nous attrape. « Ah ! Ah!ah ! Y a que deux débiles pour aller pêcher aujourd'hui !! ». C'est vrai que les conditions sont dantesques, la région est en alerte orange à cause des vents violents et les températures ont chuté de nouveau depuis deux jours pour avoisiner les zéro. Mais qu'importe, il en faut beaucoup plus pour nous éloigner de nos chères truites et de leur écrin magique.

     07H45, alors que nous marchons en direction de la rivière, chaque rafale nous rappelle combien il était important de bien s'équiper pour pouvoir profiter à fond de cette journée. Nos doigts s'engourdissent déjà sur la canne alors que la partie de pêche n'a pas encore commencée.

     08H00, Nous voici au pont submersible qui marque le début de ce parcours, Tit qui est prêt avant moi a l'honneur de débuter la pêche. « Je vais tenter de lancer en dessous, j'ai jamais essayé je crois …. » lui dis-je. Premier lancer, les doigts engourdis par le froid et le poignet qui a perdu de sa souplesse pendant son inactivité hivernale, en font un piètre exemplaire. Heureusement ici l'endroit est dégagé, permettant de grands lancers qui ne demandent que très peu de finesse. « Poisson !! », « Oh non décroché !! ».....  « Poisson !! », encore tout étonné de piquer si rapidement mon premier poisson de la saison, j'entends Tit se marrer et me lancer : « Tu me fais régaler ! ». Moi c'est ce joli poisson qui me fait régaler, je l'ai pris à quinze bon mètres et le combat n'en ai que plus jouissif. Alors que nous admirons la première truite de la saison 2013, je lui explique que je ne comprends pas trop ce qui s'est passé...Après la première attaque, alors que j'ai senti un grand mou dans la ligne, et que je pensais avoir décroché cette truite, j'ai ressenti a nouveau des grands coups de nez prouvant qu'il y avait bien un poisson pendu au bout. Ai-je décroché le premier et piqué un autre poisson juste derrière ? Ai-je repiqué le même ? Ou alors un remous ou contre-courant a t-il crée ce mou dans la ligne.... Je n'aurai jamais la réponse mais le principal et de pouvoir photographier cette belle prise qui ne pouvait pas mieux lancer la partie de pêche.

     Ensuite les choses vont se compliquer un peu plus. Nous peignons avec application tous les postes qui nous semblent propices aujourd'hui, à savoir les bordures à l'abri des grands courants, ainsi que les remous crées par les grosses roches où les truites peuvent s'abriter, mais les truites bien que présentent ne viennent pas attaquer. Après avoir lamentablement perdu ma cuiller dans un arbre, je décide de pêcher au vairon manié factice ( astucit surnat ). Pas plus de résultat ainsi, le poids trop léger de la monture, associée à la force du courant dû à cette eau forte de début de saison, ne me permettent pas de le manier comme il le faudrait. Tit n'a pas plus de résultat avec sa cuiller blanche à points noirs. Le temps passe, les postes s’enchaînent, les lancers se succèdent sans réussite, la nervosité nous gagne rendant ainsi la précision de ceux-ci plus qu'approximatifs et par conséquent les accrochages plus réguliers. C'est d'ailleurs à cause de l'un d'eux que je vais subir ma première agression... « Attention !! » s’écrie Tit !, je n'ai pas le temps d'esquiver sa cuiller qui vient se planter dans ma cuissarde, après avoir essayé de la décrocher d'une branche.

     10H30, nous arrivons sur un de mes virages préférés où il est très rare que je ne touche pas un poisson. La hauteur des eaux rend la traversé de la rivière difficile, elle freine Tit qui préfère longer la même rive au détriment de pouvoir pêcher ce superbe poste. Il m'est impossible de me faire à cette idée, la force du courant m'empêche de traverser à l'endroit habituel mais j'arrive tant bien que mal à rejoindre l'autre rive. Il était préférable pour moi que cette traversée ce passe sans encombre, car Tit, accroché à sa caméra, n'attendait que ça.... Maintenant à moi le bon poste, de grosses branches, déposées ici par la crue hivernale, me barrent le passage. C'est agenouillé pour pouvoir passer la canne et la tête, que je m’apprête a lancer ma cuillère. Le lancer est réussi, la cuillère entame sa course folle vers l'aval quand je vois surgir une Fario de je ne sais où !.. « Poisson !! »  , encore une fois le virage a frappé ! Elle mesure à peine vingt-trois centimètres et retourne à l'eau avec toute ma gratitude. Nous sommes ici à la fin du premier parcours, après réflexion nous décidons de continuer ici et d’entamer le second, qui le succède en amont.

« Euh si tu fais le récit sur ton blog, tu seras gentil de dire que j'avais encore mon entorse au poignet... » plaisante Tit. Mais je sens bien qu'il commence a y avoir une pointe de lassitude dans sa voix. Il faut dire qu'il a fait l'ouverture le premier jour lui, avec son fils, et qu'elle s'est déjà terminée en fiasco. J'espère fort intérieurement qu'il n'en sera pas de même aujourd'hui. C'est d'ailleurs avec ces mots que je le motive : « Allez arrête d'être défaitiste ! Je sens qu'elle n'est pas loin la première de l'année pour toi ! »

     Sur ce début de parcours nous pouvons encore observer pas mal de poissons dehors. Nous pêchons quelques minutes puis le ventre nous somme de faire une pause.

     11H20, le casse-croûte arrive à point pour reprendre quelques forces et se concentrer de nouveaux sur notre pêche. Je ne sais pas si c'est les Collines du Bourdic qui ont fait cet effet mais je retrouve un Tit plein d'espoir et de vigueur.

     12H45, « Ca y est !! je le crois pas... ca y est !!!,j'en ai une ! » s'écrie Tit ! J'ai tout juste le temps d'attraper ma caméra pour immortaliser l’événement. Oui ! La première truite de la saison 2013 pour lui est bien là, et elle est même dans la boite comme on dit au cinéma. Elle mesure tout comme ma seconde juste vingt-trois centimètres et regagne sa cache après une petite photo bien méritée.

     13H00, j'échappe au deuxième attentat de la journée, la cuillère vient cette fois-ci ricocher sur mon bras droit et déclenche chez nous deux, un fou rire à la limite de la fuite urinaire !

     13H45, fin du second parcours, deux autres truites sont venues se prendre à mon leurre entre temps, mais non daigné venir jusqu'à moi. Nous devons maintenant pour retrouver la route, remonter un dénivelé impressionnant qui va faire des dégâts sur notre pauvre condition physique de début de saison. Comme il nous reste un peu de temps nous décidons de pêcher le parcours magique qui est assez court.

     14H15, Tit pêche maintenant avec beaucoup plus d'assiduité et de concentration. Pour ma part je profite de ce parcours pour faire quelques lancers avec un ( D-CONTACT de chez Smith ) qui me laisse augurer de belles futures surprises. Tit va avoir ici plus de réussite, si je puis dire, car s'il va piquer deux autres poissons il les échappera malheureusement tout les deux.

 

     14H45, bien fatigués par cette première dans le froid et le vent violent, nous regagnons le véhicule et mettons un terme à cette partie. Le Jeudi 14 Mars sera donc pour nous deux le jour de notre première prise de la saison. Espérons que ce ne soit que la première d'une longue série...