Jamais un printemps n'avait été aussi pluvieux, les journées, bloqué à la maison à regarder tomber les gouttes et rêver à de belles sorties au bord de l'eau ne se comptent plus depuis l'ouverture, à tel point qu'un mois après celle-ci, je n'ai pu taquiner la truite qu'une seule fois. Aussi malgré le fait que le niveau de la rivière soit très haut, c'est décidé ce jeudi 11 Avril sera une journée pêche.

 

     Un départ tranquille sur les coups de 09h00, après avoir déposé ma fille à l'école, je prends la route en direction de ma rivière préférée, située dans les gorges du cirque de Navacelles dans le département de l'Hérault... la Vis !

     10H15, je viens d'arriver au bord de l'eau mais déjà deux mauvaises nouvelles viennent accompagner mes premiers pas. Une voiture de pêcheur est garée au début du parcours, vu l'heure à laquelle j'arrive, remarque, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'un compatriote est été plus matinal. C'est bien moins inquiétant que la seconde qui est en train de hurler à mes oreilles. L'EDF fait un lacher d'eau, celle-ci déferle en une succession de cascades, qui promet une hauteur du niveau de la rivière encore plus grande que celle pourtant déjà bien importante et créee par les pluies incessantes de ces derniers jours.

     10H30, cessons d'être pessimiste et allons plutôt nous mesurer à ces poissons. Je commence la pêche avec un poisson nageur ( D-CONTACT de chez Smith ) qui m'avait fait bonne impression lors de ma première sortie. Malheureusement, les courants puissants auront rapidement raison de lui, en le faisant s'accrocher à une grosse pierre au fond de l'eau, et rendant sa récupération impossible. Qu'a cela ne tienne, j'enfile un vairon factice sur ma ligne et je continue cette difficile prospection. Les postes sont réduits a peau de chagrin avec cette hauteur d'eau, j'avance donc assez rapidement.

     Un bruit de pas, des cailloux qui roulent derrière moi attirent mon attention, un pêcheur d'une soixantaine d'années avec deux cannes, une pour marcher et une pour pêcher, fait le chemin retour vers sa voiture. Nous échangeons quelques minutes avec cet Ardéchois selon ses dires, c'est la première fois qu'il vient sur cette rivière, que lui a fait connaître un ami qui avait apparemment oublié de lui expliquer que la pêche ici est aussi un parcours de santé.... Les difficultés topographiques du lieu vont sonner le glas de sa partie de pêche, mais cet homme étant d'une rare gentillesse, je lui explique où il peut trouver un parcours plus adapté a ses capacités physiques et qui ne manque pas de poissons. « Un grand merci Monsieur, bonne journée et bonne continuation ! », c'est sur ces mots qu'il prend congés de moi. La truite que je venais de repérer juste avant qu'il n'arrive n'a dû guerre apprécier notre conversation, puisqu'elle est retournée dans sa cache.

     Les premiers frissons de la journée me parcourent le corps, non pas que le froid me gêne car la température est assez douce, mais je viens d'apercevoir deux beaux poissons se diriger vers mon vairon et regagner leur cache sans l'attaquer réellement. Le large plat du dessus m'apporte exactement les même sensations avec encore un très beau poisson qui fait l'effort de sortir et prendre le courant derrière mon vairon, mais qui ne daigne malheureusement pas l’attraper. Je commence a me poser la question de savoir si un vrai vairon aurait fait la différence. J'ai déjà ferré quelques poissons avec ce leurre, mais le naturel aurait il été décisif sur ces truites ?

     12H15, j'arrive au premier gué du lacher EDF, le niveau de la rivière au dessus ne me semble pas plus bas, ce qui me fait penser qu'il doit en exister un autre un peu plus en amont. Je propulse mon vairon dans cette arrivée d'eau, celui-ci le traverse sans encombre jusqu'au moment où, presque dans mes pieds, il longe une grosse pierre a demi immergée d'où jaillit avec une fulgurance extrême une truite. Elle manque le vairon et claque la surface de l'eau avec sa queue. Deuxième passage, cette fois-ci elle le touche mais ne se pend pas. C'est un joli poisson d'une trentaine de centimètres et toute noire. Ni le troisième, ni le quatrième et ni tous les autres qui suivront ne la referont bouger. Cette fois-ci elle a eu goût à la supercherie.

    Je peste de ne pas avoir réussi a attraper ce poisson tout en continuant mon ascension vers l'amont de la rivière. Les quelques postes suivant ne donnent rien jusqu'à ce grand profond qui aujourd'hui porte encore mieux son nom. Dès le premier passage et alors que le leurre va terminer sa course au bord de la rive, jaillit une très grosse Fario qui se met à foncer et tournoyer comme une folle autour du vairon mais sans s'en saisir. Discrètement je récupère mon vairon alors qu'elle s'éloigne. Deuxième lancer, même scénario si ce n'est que cette fois ce n'est pas une mais deux grosses sauvages qui tournent comme des folles dans tout les sens comme pour effrayer mon petit vairon. C'est la première fois que j’assiste à un tel manège, ces deux poissons font bien trente-cinq centimètres chacun au moins. Je n'ose bouger, je les observe se calmer et prendre des allures plus calmes maintenant que mon leurre est hors de l'eau. C'est au tour d'une truite d'une taille tout à fait respectable, environ vingt-cinq centimètres, de se faire chasser par le même balai de ces grosses Fario, elle ne demande pas son reste et file se mettre à l'abri sous la berge creuse. Je reste abasourdi par ce spectacle, je tente quand même une troisième fois ma chance maintenant que ces poissons se sont un peu éloignés mais le vairon cette fois -ci passe sans encombre. Quatrième fois, cinquième fois, rien n'y fait cette fois-ci les truites ont disparu.

    Dépité je remonte sur la berge sablonneuse, afin de chercher quelques morilles, sachant que j'en ai déjà trouvé quelques-unes ici les saisons passées. Pas de chance cette année elle ne sont pas encore sorties ici.

     13H00, il est temps de se restaurer, je pose mon matériel et mon séant sur cette petite plage de sable qui jouxte le pont submersible, délimitant la fin du premier parcours. Le temps devient de plus en plus maussade, alors que le soleil a accompagné mes premières heures de pêche, il laisse maintenant la place à un ciel grisâtre et menaçant. Un petit vent d'ouest se lève même, la température devient bien moins agréable et raccourcit mon entracte.

     Le temps passe, les postes se succèdent mais je n'ai toujours aucune attaque franche même s'il m'a semblé sentir une fois ou deux quelques tocs étranges lors de la récupération.

     Depuis quelques minutes je me tâte d’échanger mon vairon contre une simple cuillère, seul le fait de faire bouger ces grosses truites m'empêche pour l'instant de passer à l'acte. Seulement voilà, les circonstances vont faire que bon gré mal gré je vais y être amené. Une vicieuse branche va stopper la course de mon vairon et sa partie de pêche aussi...

     14h00, c'est maintenant armé d'une Mepp's blanche à points rouges que je poursuis ma journée. Il ne faut pas attendre bien longtemps pour qu'elle ne fasse la différence, sur le premier courant lent, une belle Fario la saisit, le combat est excitant mais de courte durée car le frein du moulinet non serré va me jouer un sale tour et permettre à ce joli poisson d'une trentaine de centimètres de se décrocher. Voilà une erreur de débutant dont je me serai bien passé. C'est lors du montage de la cuillère, après avoir perdu mon vairon, que j'ai desserré celui-ci pour plus de facilité. La prochaine fois je n'oublierai pas de le serrer à nouveau avant de reprendre la pêche.

     14H45, me voilà enfin récompensé de ma persévérance même s'il faut bien l'avouer je commençais a douter au vu des conditions météorologiques qui se dégradent rapidement. En effet une petite sauvage de vingt-quatre centimètres est venue se pendre et a bien voulu rester jusqu'à la séance photo cette fois-ci.

     15H45, me voici arrivé au terme du deuxième parcours, deux autres petites truites non maillées d'environ vingt centimètres sont venues agrémenter la fin de celui-ci. Je remonte péniblement jusqu'à la route par ce petit sentier sinueux qui me paraît chaque année de plus en plus raide.

     16H15, puisqu'il me reste encore du temps pourquoi ne pas essayer le coin magique sur le retour. Personne ne semble être sur ce parcours, tant mieux car il est vraiment très court et ne laisse guère la place à plusieurs pêcheurs. Je me souviens encore dire à Tit, lors de notre dernière partie de pêche ici, que sur ces petits courants je n'avais jamais touché un poisson. Je ne pourrai plus le dire car les truitelles semblent folles et presque à chaque lancer se termine par une prise. Ce sont de petites Fario qui atteignent péniblement les dix-huit centimètres.

     17H00, fin du parcours avec cinq petites truites au compteur mais avec l'étrange impression qu'il est en train de se passer quelque chose. Un chercheur de morilles qui fait mine de ne rien chercher quand il m'aperçoit, me pose la question fatidique « alors ça a mordu ? ». Sur un ton malicieux je me permet « un petit peu mieux que pour les morilles apparemment ?! ». d'un léger sourire il s'avoue démasqué et reconnaît qu'il n'a pas trouvé son bonheur aujourd'hui. Je lui précise quand même que quelques petits poissons sont venus mais que j'imagine les grosses attendant maintenant la pluie pour sortir.

     17H30, d'habitude j'ai déjà pris la route du retour ou je la prends, avec des images plein les yeux et de l'acide lactique plein les muscles, seulement aujourd'hui je veux essayer un dernier petit coup sous la cascade précédant la confluence de la Vis avec l'Hérault. La pluie vient s'inviter à la partie, c'est une bruine accompagnée d'une brise peu agréable. Le premier lancer me procure une montée d'adrénaline quand j'aperçois une grosse tache sombre suivre ma cuillère. Fausse alerte ce n'est qu'un barbeau curieux. Cinq minutes se passent lorsqu'une belle Fario vient gober juste devant moi, elle est de belle taille mais mon fouet est resté à la maison aujourd'hui, les différents passages de ma cuillère n'y feront rien, ce poisson n'est pas pour moi.

     Il ne me reste plus qu'a rentrer avant d'attraper la crève, « à moins que j’essaie ce gros courant » qui tourne autour de ce rocher coincé au milieu de la rivière sur lequel a poussé un figuier... « Allez juste un coup là et après je rentre... ». Ma cuillère vient se poser avec une belle précision juste au ras du bloc rocheux dans le remous, j'enclenche la récupération lorsque je prends une terrible secousse dans le poignet, « PENDU ! » criai-je comme pour être sûr de moi car la belle reste calée dans le remous et ne bouge quasiment pas, juste des gros coups de tête certifient de sa présence. Puis d'un coup tout s’accélère, alors que j'essaie de me placer pour ramener ce poisson au bord dans les meilleurs conditions possibles, elle choisie de prendre la fuite dans le torrent. Surpris je manque de me retrouver le cul sur les pierres glissantes et c'est grâce à main main gauche que je me stabilise. La main gauche posée au sol, en équilibre instable et avec la main droite qui tient tant bien que mal la canne haute afin de toujours garder le fil tendu, je me crois une seconde dans et au milieu coule une rivière...oui mais une seconde seulement, car la fraîcheur de l'eau qui tente de s'engouffrer dans ma cuissarde, me ramène illico à la réalité. Ça y est, le poisson est maintenant dans ma main, je vais pouvoir le photographier pour l'immortaliser et prouver aux futurs sceptiques, s'il en est, que ce n'est pas une chimère.

     17H45, je me dis cette fois-ci que la journée est terminée...mais qu'elle ne peut se finir sans avoir une dernière fois essayer ce pool contre la roche sur la berge opposée. Oui mais voilà, les bourrasques de vent tourbillonnant sous la cascade rendent ce lancer difficile. Il faut tomber assez en amont pour que la cuillère ait le temps de travailler mais ne pas s'accrocher aux branches du figuier qui se dressent fièrement devant moi. La cuillère prend une trajectoire rectiligne qui me convient totalement, elle retombe exactement où je le désirais. Le temps de refermer le pick-up pour tendre la bannière et un remous impressionnant crève la surface de l'eau. « PENDU ! », la belle se démène au loin pour ne pas être ramené vers moi, malgré tout il me semble que quelque chose de bizarre se passe dans la bannière. Je suis abattu en me rendant compte que j'ai fait passé le fil par dessus une de ces branches qui m’inquiétaient tant. La truite est maintenant descendue en plein courant et je ne peux rien faire d'autre que de la regarder se débattre. J'ai beau essayer de dégager la bannière du mieux possible mais rien n'y fait, elle est trop accrochée. Arriva ce qui devait arriver, le fil rompu laissant la truite partir avec mon leurre dans la gueule, dont je souhaite qu'elle réussisse a se défaire, me laissant tout penaud et peu fier de moi...

 

     17H50, il est cette fois-ci bien temps de rentrer avec ce petit goût amer que me laisse cette dernière mésaventure. C'est quand même une superbe journée pleine de rebondissements qui mérite toute sa place dans mes mémoires de pêcheur.