Voilà la date fatidique de fermeture de la pêche en première catégorie qui s'annonce. Nous sommes le Vendredi 14 Septembre, officiellement ce ne sera que Dimanche mais la sortie du jour sera pour nous la dernière de la saison.

 

     11H15, nous nous retrouvons avec Lolo au pied du cirque de Navacelles, au même endroit que lors de notre dernière sortie, sauf que cette fois-ci, ni les pieds blessés de Lolo ni le portail toujours fermé avec une chaîne, ne pourront nous empêcher de descendre tout en bas du chemin, prospecter un parcours encore vierge de nos exploits.

     En effet nous avons pris les vélos pour faire tout le chemin qui nous mènera du haut plateau, jusqu'à la rivière, dans les gorges. « Oh non j'ai oublié l’antivol ! ».....petit moment de solitude après cet aveu de Lolo. L'idée de redescendre jusqu'à Ganges pour en acheter un, nous traverse l'esprit, mais pas plus, car nous avons déjà pris la décision de cacher les vélos dans les bartasses. De toute façon qui va descendre aussi bas ? dans un coin désert, avec de si mauvaises intentions.

     11H40, les équipements, la nourriture, les cannes, tout est embarqué, nous pouvons monter sur nos vélos pour commencer notre descente vertigineuse. La descente est vraiment agréable mais laisse augurer une grande pénibilité pour le retour.

     12H30, nous sommes arrivés au bas du chemin, au niveau de l'ancienne maison forestière. Il ne nous reste plus qu'a trouver une cachette pour les vélos. Ce ne sera qu'une formalité tant la végétation ici est dense et les caches par ce fait nombreuses.

     Quelques mètres seulement nous séparent de la rivière, je sens l'excitation nous gagner. Le cadre en ce début de parcours est déjà grandiose. Perdus au fond des gorges, entourés d'une végétation sauvage, éblouis par une rivière avec laquelle seules les meilleures cartes postales peuvent rivaliser, nous vivons un moment de plénitude.

     12H40, nous sommes prêt à pêcher et c'est Lolo qui à l'honneur d’entamer les débats. Un poste magnifique pour commencer où la rivière se divise en deux, serpentant lentement entre divers blocs rocheux. Ni sa mouche , ni ma cuillère ne vont trouver pourtant preneur. Tant pis Lolo attaque le courant suivant, une petite cache se devine sous un contre-courant qui remonte la berge opposée. Le premier passage est parfait, le petit sedge monté sur mes conseils fait mouche de suite, la Fario prise n'a rien d'un trophée, mais c'est quand même la première fois qu'on touche, sur cette rivière, une truite en sèche aussi rapidement. « YES, YES, YES, TROP BON ! », je suis ravi pour Lolo qui est rarement récompensé sur la Vis. Une petite photo et nous continuons.

 

     13H15, quelques mètres plus haut c'est à mon tour d'être récompensé avec un poisson de vingt-deux ou vingt-trois centimètres environ. La bonne journée de pêche semble s'annoncer, quinze minutes plus tard Lolo pique un poisson sûrement maillé mais qui ne nous laisse pas le temps de le vérifier. Nous sommes vraiment ébahis par autant de prises en si peu de temps, mais surtout par ces deux poissons faits en sèche. Cette fois-ci il faut attendre trente minutes pour que ma cuillère surprenne un poisson, encore une petite truite d'une vingtaine de centimètres dont la voracité n'est plus à démontrer.

 

     14H20, « SLACK! », la mouche de Lolo vient de s'accrocher à une branche qui surplombe l'eau deux mètres derrière nous. « On la voit, elle est là !», notre plan pour la récupérer nous semble parfait, Lolo monte sur la berge, attrape la base de la branche afin de la faire plier assez pour que je puisse, resté au milieu de la rivière, attraper le bout de celle-ci et ainsi décrocher la mouche. La branche n'est pas très coopérative, Lolo n'arrive pas à la faire plier assez et c'est maintenant littéralement pendu par les bras à celle-ci, qu'il essaie de gagner les quelques centimètres qu'il me manque. « SCHHHKRAKK !....PLOUF ! », les larmes de rire m'empêchent presque de voir la scène. Lolo, couché sur le dos dans quelques dizaines de centimètres d'eau, suffisamment pour qu'il en rentre dans son waders, se demande encore qu'est-ce qu'il vient de lui arriver. La cicatrice sur l'arbre ainsi que la branche qui lui sert de pagaie ne laissent aucune place au doute, celle-ci a bien cédée sous le poids du voltigeur. Alors qu'il se relève péniblement, heureusement sans dommage corporel, il se demande pourquoi je continue à me gausser. Je vais lui en donner la raison rapidement, « Lolo ce n'était pas la bonne branche ! ». Un fou rire collectif nous attrape alors que le sedge, toujours pendu à sa branche, semble contempler la scène avec un grand désarroi. Puisque notre tactique a si bien fonctionnée, nous recommençons l'opération, mais avec succès cette fois-ci. Le temps de se rendre compte que c'est déjà ici à quelques mètres seulement, que lors d'une précédente sortie, Lolo avait lamentablement chuté en marchant, se fracturant presque le doigt, que nous reprenons la pêche.

 

     15H15, après avoir pris le temps d'observer une jolie Fario moucher sous notre nez, Lolo tente sa chance avec la technique dite de « l'arbalète ». La configuration du coin ne laisse que peu de chance à cette tentative, pourtant alors que la mouche se pose à quelques dizaines de centimètres d'elle, un peu court à vrai dire, elle se précipite dessus, malheureusement elle change de direction aussitôt pour regagner sa cache. Il est temps de manger un morceau, tout en gardant un œil sur la rivière voir si nous pouvons repérer des poissons en activité.

 

     15H45, je finis mes victuailles en premier et décide de faire un lancer ou deux dans ce joli trou où doivent se cacher de beaux poissons. Alors que je récupère lentement ma cuillère au cours de mon troisième lancer, il me semble deviner tout à coup une forme, sur le fond, dans la trajectoire que prends mon leurre. Je suis vite conscient que c'est effectivement une belle Fario au moment où celle-ci se pend à ma cuillère et commence sa vigoureuse défense. Une belle truite de vingt-six centimètres vient de succomber à mon leurre, la partie post casse-croûte de notre sortie, s'annonce des plus heureuse.

 

     16H45, nous arrivons sur un long plat, assez large à ce niveau, avec un courant très léger et quatre-vingt centimètres de profondeur environ. « Gobage ! », « là gobage ! », « encore ! », du jamais vu sur cette rivière, sur une longueur d'environ quinze mètres nous repérons au moins cinq ou six gobages à des niveaux différents. On se dit qu'ici on devrait pouvoir en toucher quelques unes même si leur gobage, qui semble se faire plus sous la surface, nous laisse un peu perplexe. Sachant que Lolo préfère pêcher exclusivement en sèche aujourd'hui, que ce type de gobage ressemble plus à des prises sur noyées, la prudence reste de mise, même si la confiance règne.

 

     17H00, nous arrivons en haut de ce parcours, nous devons bien nous rendre à l'évidence que ce n'est pas ce type de mouche qu'elles voulaient, tant aucun poisson n'a daigné la regarder de près. Légèrement désabusé, même si on ne peut s'en prendre qu'à nous de ne pas avoir appris plus tôt à pêcher en noyée ou en nymphe, Lolo peigne lentement la tête de ce plat. Une fois de plus il se fait surprendre par un gobage, inattendu il est vrai, même s'il lui semble avoir ferré dans les temps. Pour ma part je crois que son ferrage est un peu tardif en général, lui le pense adapté, mais peut-être plus sur les torrents de montagne qu'il a l'habitude de pêcher, et où il est vrai, ses ratés ne sont pas légions... Dans tous les cas c'est un joli poisson que nous ne photographierons pas cette saison tout au moins.

 

     17H50, à part quelques poissons qui sont venus taper sur ma cuillère, le calme semble s'être installé sur la rivière où les gobages ont disparus. Une tête de courant me semble pourtant propice mais obstruée par des branches qui le recouvrent presque totalement. Je fais quelques lancers honorables mais je vois bien que je ne tombe pas exactement où je voudrais. « C'est là qu'il faut que je tombe, si j'arrive a passer sous les branches avec un lancer rasant, je suis sûr qu'elle y est ! », je m'avance un peu en disant ça à Lolo, mais je connais tellement cette rivière, qu'il me semble sentir les poissons quelquefois. Je décide de tenter ma chance, même si le risque d'accrocher est grand...« POISSON ! », mon flair ne m'a pas trompé, la réussite du lancer a fait le nécessaire, un joli poisson de vingt-cinq ou vingt-six centimètres pose pour ma collection photo.

 

     18H15,  « POISSON ! »

 

     18H20, « POISSON ! »

 

     18H24, « POISSON ! », c'est incroyable, je touche une truite à chaque lancer quasiment, les fermetures me réussissent décidément chaque année. Ébahie, tout de même, et rassasié je préfère maintenant m'abstenir de lancer et préfère regarder pêcher Lolo.

 

     18H50, l'heure nous rappelle à l'ordre, sachant que nous devons refaire tout le parcours en sens inverse par l'eau, tant la végétation ne nous laisse aucune chance de passage, et remonter le long et pentueux chemin en vélo, il est grand temps d'arrêter.

 

     19H30, nous voici rendu au début du parcours, les cannes commencent a être pliées et je me désaltère lorsque j'aperçois un gobage juste devant nous. Lolo a quasiment plié la canne mais le plaisir d'essayer de leurrer une dernière fois dame Fario en cette saison 2011-2012 est trop forte. Malheureusement cette coquine ne prendra pas le sedge et nous narguera même une dernière fois, lors de notre départ, par un petit gobage d’au revoir.

 

     La montée en vélo est terrible, malgré quelques faux plats les pourcentages qui se dressent devant nous, sur un terrain rempli de cailloux, viennent à bout de mes cuisses en feu, à quelques mètres de l'arrivée. Un pied à terre s'impose, accompagné d'une rasade d'eau. Nous pouvons ensuite repartir pour regagner les voitures.

 

     20H30, le retour fût plus long que nous le pensions, la nuit est tombée, une fois les équipements rangés nous sortons saucissons, fromages et autres pommes afin de reprendre des forces.

 

 

 

     21H00, alors que nous commençons a philosopher en regardant les étoiles, je me dis que la journée a du être épuisante et qu'il est temps de rentrer à la maison. Cette dernière sortie fût une réussite totale, tant sur le plan de la pêche que sur la journée en général, il est bien temps de laisser tomber le rideau sur cette saison 2011-2012.